mercredi 16 janvier 2013

Street Connec Sion : La rue Tchernichovsky




Shaul Tchernichovsky
Si Bialik est le Baudelaire israélien, Tchernichovsky peut être l'Apollinaire ou le Chateaubriand d'Israël. Si Bialik est le poète numéro 1 d'Israël, Tchernichovsky est le numéro 2.

Né en 1875, contemporain de Bialik, il occupe comme lui, une place centrale au sein de la poésie en hébreu et en Israël. Et comme Bialik, chaque enfant à l'école, se doit d'apprendre quelques textes de Tchernichovski.

En témoigne sa place sur les pièces de monnaie. En 2011 en effet, Shaul Tchernichovsky a été choisi pour être l'un des quatre grands poètes israéliens, dont les portraits seraient sur la monnaie israélienne (avec lui ont été choisis Leah Goldberg, Rachel Bluwstein et Nathan Alterman).

Tel Aviv lui a aussi rendu hommage. Après sa mort en effet, en 1943, la municipalité a fait honneur à son talent de traducteur en dédiant un prix de traduction à son nom. Une école de Tel-Aviv est également nommée Tchernichovsky, tout comme le centre de l'Association des écrivains hébreux en Israël.

Tel Aviv possède aussi, évidemment, sa rue Tchernichovsky. Elle contraste toutefois avec la rue Bialik car elle ne comporte pas particulièrement de belle maison, de musée ou de monuments. La rue Tchernichovsky commence au croisement avec le centre commercial Dizengoff, qu'elle longe en tournant. Elle croise ensuite la rue Bograshov et un petit square. Mais son intérêt se trouve surtout à l'entrée du Parc Méïr, du nom de Méïr Dizengoff, qu'elle longe sur sa partie ouest. Le parc est un espace vert relativement grand en plein centre-ville. On est loin de Hyde Park ou de Central Park, mais c'est un lieu de détente agréable pour les enfants, pour les joueurs de ping-pong, pour ceux qui veulent promener leurs chiens dans un domaine réservé, ou pour la communauté gay qui se réunit dans le centre communautaire qui se trouve à l'intérieur du parc, à côté du Café Café. La rue Tchernichovsky se poursuit ensuite jusqu'à l'avenue Allenby. Symboliquement la rue se trouve juste après la rue Bialik en venant de la mer, comme pour faire honneur au premier puis au deuxième grand poète d'Israël.


Né le 20 Août 1875 dans le village de Mikhaelovka, en Crimée (qui fait maintenant partie de l'Ukraine), Shaul Tchernichovsky était un poète fortement influencé par la culture de la Grèce antique. Il publie ses premiers poèmes dès l'âge de quinze ans, à Odessa où il a étudié de 1890 à 1892. Après avoir étudié la médecine à Heidelberg en Allemagne, puis à Lausanne, il mène de front ses activités de médecin et de poète. A Kiev, à Kharkov, à Minsk ou Saint Ptersbourg, il écrit de la poésie mais aussi pour le journal hébraïque Hatekufa, de 1925 à 1932. Il passe aussi une période de sa vie en Amérique, de 1929 à 1930. Il n'immigre au pays d'Israël qu'en 1931 et s'y installe définitivement. Il est connu aussi pour ses nombreuses traductions en hébreu d'œuvres majeures telles que L'Iliade et l'Odyssée d'Homère ou encore Sophocle, Horace, Shakespeare, Molière, Pouchkine, Goethe, Heine, Byron, Shelley, et l'épopée de Gilgamesh.
Il fut aussi rédacteur en chef du manuel de terminologie en hébreu pour la médecine et les sciences naturelles.

Il fut encore membre permanent de l'Association des écrivains hébreux et du Comité de la langue hébraïque, qui fixa l'hébreu moderne.

Shaul Tchernichovsky a obtenu deux fois le Prix Bialik pour la littérature, en 1940 (conjointement avec Zelda Mishkovsky) et en 1942 (conjointement avec Haim Hazaz). Sa poésie est un mélange d'influences du patrimoine culturel juif et du patrimoine culturel mondial. Il écrit d'une part sur des sujets proprement juifs, en particulier sur le roi Saul, comme dans "En Endor", qui décrit de façon spectaculaire la condition de Saül à la fin de sa vie. Mais d'autre part, aussi, en affinité avec la culture grecque antique, comme dans le poème "Avant une statue d'Apollon", qui est une identification avec la beauté qu'elle représente et qu'admire Tchernichovsky.

Tchernichovsky, mort en 1943 à Jérusalem, a traité aussi de sujets très contemporains de son époque, notamment en écrivant sur la Shoa dans "Les morts de Tirmonye" et "Balades de Worms". Vers la fin de sa vie, il composa également des poèmes sur l'enfance. Ces poèmes sont souvent qualifiés d'idylles, certains pensent qu'ils servent d'exemple et de modèle pour tous les idylles qui ont été écrits ensuite en hébreu. Poète, spécialiste du sonnet, plusieurs de ses poèmes ont encore été mis en musique par les meilleurs compositeurs populaires, tels que Yoel Ange et Nahum Nardi, et chantés par Shlomo Artzi pour Omrim yeshna eretz par exemple, ou Naomi Shemer pour Hou Artzi Moladti, des chansons populaires parmi les Tel Aviviens et tous les Israéliens.

Misha Uzan - Tel-avivre.com